Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

constatations - siderations - et considerations

Un pansement sur le coeur

Publié le par mapie

Elle faisait du vélo  sur un chemin connu. Elle s’est cassée la gueule et puis s’est relevée, amochée, endolorie et furieuse contre la pierre, le vélo , le chemin et elle-même .

Une saleté  de caillou .. rien d’énorme, juste un morceau de silex comme on en trouve partout  dans les sols argileux de la région.  Elle a roulé dessus et puis s’est retrouvée dans le fossé. C’est idiot, certains roulent sur pire que ça, sans problème, ils sont mieux équipés sans doute…
D’ailleurs, on ne peut pas retirer du sol  tous les cailloux.. de toutes facons il en remonterait d’autres... 

Elle a repris son vélo, évité ce sentier jugé  trop accidenté ... puis s’est cognée le front contre une branche empesée de fruits  , comme elle les aime tant... murs et sucrés. Même là, ça fait mal, car le plaisir aussi fait mal.

Qu’importe… 

A quoi servirait de  mettre un pansement ? D’autant qu’il ne s’agirait pas de soigner ses genoux , ses coudes ou son front.. vous l’aurez bien compris, il lui faudrait plutôt un pansement sur le cœur.
Or le coeur ne se répare pas.. pas avec un pansement… au mieux, il s’adapte.

Réparer n’a de sens que pour continuer... mais peut-elle vraiment, doit-elle vraiment, veut-elle vraiment.. continuer les choses, dans les mêmes  conditions, une fois que finalement les conditions n’y sont plus.

Elle se frotte le genoux et la tête, un peu groggy sur le bord du chemin parcouru.
Et à cet instant précis, l’idée du sparadrap  ne lui semble plus si mal… Il suffirait juste de veiller à ce qu’il tienne. 
C’est un état d’esprit, le pansement sur le coeur … une sorte de « cohérence cardiaque » visant à gérer raisonnablement ses battements. Un travail quotidien, une veille permanente, une discipline de vie, l’aliénation du coeur et de la raison….


Pour elle, cela revient à vivre un peu, beaucoup, mais sûrement pas passionnément.

Et puis quoi? Elle se sent encore jeune … jeune pour son âge…. La cohérence peut bien attendre…


Alors, elle reprend son vélo et pédale, nez au vent, coeur battant… prête à se remettre en selle autant qu’il le faudra, autant qu’elle le poura.

Car Vivre est un métier de jeune…

Partager cet article
Repost0

Je t’aime un peu, beaucoup... Alors fais passer...

Publié le par mapie


Sur un tapis de péricarpes  entrouvertes, j’installe la petite table ronde en métal piqué...

Il fait bon ce matin, les bruits lointains et la cacophonie des oiseaux étouffent les derniers acouphènes de l’hiver.  


Pâquerettes folles et vives dans l’herbe du jardin....

Je t’aime- un peu- beaucoup...

 

On est bien là, non?  - Sous les frontaisons du grand hêtre...

 

A quoi cela tient, dis-moi? Pourquoi ce matin, est-il plus doux qu’hier et peut-être demain?


Parce que.... parce que, ce matin,  tu t’es orientée plein sud... voilà tout.

- Plein sud?

- oui, plein sud... orientée vers le soleil, vers la vie , vers l’envie d’être en vie... et de le partager...

 

Je t’aime , un peu, beaucoup....

C’est simple et efficace, le bien-être, parfois...

 

alors... fais passer...😉

 

 


 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Balade sylvestre

Publié le par mapie

L’humus détrempé par l’orage de Mai feutre mes pas. Encore non essorées, les branches pèsent sous les gouttes, se referment sur moi et  forment l’écrin sauvage du chemin.
Je suis de cette nature, les arbres me l’ont dit.
Leurs bourgeons d’un vert tendre participent à la plénitude  que je viens chercher ici.

Sous le rayon timide de fin de journée, un parterre naturel s’est improvisé et du muguet m’accueille comme une amie. Il m’offre quelques brins dont je fais un bouquet avec la gratitude de celle qui n’attendait rien.

Je touche l’écorce des arbres que je croise, je suis à deux doigts de leur dire deux mots. Mais, ils m’impressionnent. Imaginez seulement qu’ils me répondent... alors muette, je guette les écureuils qui jouent. Si la vie me quitte en douceur, je sais où venir puiser encore un peu de force pour lutter. Il y a dans cette nature, la sève dont se nourrissent les sages.

Je n’irai pas câliner un grand chêne, ni même embrasser un pissenlit.. non je ne suis pas assez démonstrative pour cela , mais je ramasserai des pommes de pain et des glands, je caresserai les feuilles et j’humerai les senteurs, je prendrai des photos, contemplerai les couleurs, aiguiserai mes sens pour ancrer mes racines.

Car je suis de cette nature. Les arbres me l’ont dit.

 

Partager cet article
Repost0

L’ excessive inclusive exclusive

Publié le par mapie

-Attends Manu, il a dit quoi exactement  Gérard?  « tous les danseurs sont attendus à l’heure »?

- oui, c’est ça . A  17h40 devant la salle des fêtes .


- Tu es sûr qu’il n’a pas dit « toutes les personnes qui pratiquent la danse sont attendues à l’heure »?

- Mais non... pourquoi?

- Mais parce que, parce que... du coup, je ne suis plus trop sûre d’être attendue.

 

- Mais, le rock acrobatique  se danse en couple chérie! Si on n’y est  pas à l’heure, il n’y aura pas de représentation !

- ok, ok... soyons pragmatiques. Il a dit ça quand exactement? Avant l’arrivée de l’écriture inclusive ou après?

- Mais j’en sais rien moi! C’est bien les femmes ça ! Toujours excessives! Ce besoin de pinailler sur quelques lettres en plus ou en moins...!

- Ben oui , je pinaille mais à qui la faute? Tu aurais dû réagir! Tu dirais qu’il avait l’air de parler «inclusif » ou pas?

- Ben là, du coup... j’hésite...

- Tu vois chéri! Ça change tout!
Parce que s’il parlait « inclusif », ce qui me semblerait tout de même très exclusif, toi, tu serais attendu là-bas à l’heure, mais pas moi...

En revanche, s’il use du « vieux français » , on peut y aller tous les deux comme prévu, puisque du coup, je suis inclue. Tu saisis le truc?

-... oui... je saisis qu’on avait un spectacle  à 20h et que « je suis »ou « nous sommes » plus qu’en retard au rendez-vous fixé!


- T'inquiète poulet , tout ça n’est qu’une question d’ajustements...la dernière  fois, il a fallu 4 siècles pour s’approprier les règles de grammaire... Ils l’ont dit à la télé ... Il en va de la bonne éducation de notre peuple français! On ne va pas s’alarmer à la première anicroche ! 

- oui enfin là, sérieusement, tu compliques les choses, non?

- Mais pas du tout mon chéri!
Pour tout te dire, ça fait 51 ans que je me fais des idées... Je croyais être inclue dans les phrases du genre «tous les sportifs sont les bienvenus », et il parait qu’en fait , je ne l’étais pas!
Personnellement, j’aurais pu vivre encore quelques décennies ainsi mais apparemment, se faire des noeuds au cerveau  est préférable au fait de passer pour une réac arriérée et  soumise au dictat d’une société patriarcale en perdition depuis.... depuis... toujours!
Donc... je m’adapte mon ange, je m’a-dap- te! Quitte à louper la représentation de danse de fin d’année!  

En attendant d’y voir plus clair sur la situation, un petit rock dans le salon, ça te tente?

- Toujours ma belle, toujours, mais... Du coup là, on fait comment?  Tu mènes la danse ou je la mène?

 

 

Partager cet article
Repost0

Copine et ses épouvantails

Publié le par mapie

 

Copine n’attend rien de plus des autres, que de vivre comme eux. 
Des gens qui vivent en groupe, qui s’invitent et rigolent et se confient la vie...

Elle voudrait  tellement fort se fondre dans leur clan, qu’elle en devient  gênante car trop accaparante et souvent décalée ...

Les relations sociales devraient être naturelles quand on est une enfant. Mais aussi étonnant que ce soit, Copine n’est plus seulement une enfant, elle a 13 ans. Et à cet âge là, le « naturel » n’est déjà plus dans le relationnel. 
Pourtant, Copine ferait tout pour y arriver:  rire d’elle-même,rire des autres, répondre à  des paris idiots et pardonner sans cesse les coups bas.

Copine est affectée par un TDHA, ce trouble  méconnu et pourtant bien banal qui ne la différencie  qu’à l’inadéquation de ses comportements impulsifs parfois, régressifs aussi et hypersensibles souvent. 

Certes au collège, Copine a des difficultés d’apprentissage. Mais après tout qu’importe, du moment qu’elle a des amis... non? 
Oui... sauf que, tout comme l’amour, l’amitié bien vécue induit la  réciprocité. Copine aimerait tellement, elle aussi, avoir au moins une bonne amie, mais rien n’y fait...

Copine est désarmée.  


Pour attirer la confiance, il faut qu’elle se face confiance. Qu’elle apprenne à s’aimer sans complaisance  certes, mais avec l’indulgence et le respect qu’elle mérite.
Or Copine ne s’aime qu’à travers les autres, ces autres qui ne lui rendent que des moqueries ou de l’inintérêt. 
Elle se sent meurtrie et en colère. Quoi de plus normal?

A la maison, le malaise de Copine a envahi toutes les pièces de la cave au grenier. Copine est épuisante physiquement, moralement et surtout affectivement. Une impression de gachis dévaste les moments de vie.

Sa famille est aimante et copine est chanceuse, elle le sait. Ici aussi, elle voudrait être acceptée, ne pas se sentir rabaissée, dévaluée en regardant la fratrie grandir un peu plus vite qu’elle-même parfois à ses côtés. Elle se sait difficile. On le lui dit souvent. Elle crie, s’énerve et se rebelle parfois jusqu’à la tyrannie.
Ses frères et soeurs se plaignent, ont honte ou moralisent, même les plus jeunes s’octroyent des aires condescendants.  
Compliqué,sous les cris et dans l’adversité, d’entendre l’appel à l’aide d’une soeur ou d’un enfant...


Copine n’est plus chez elle qu’à travers les écrans, là où elle se croit libre d’échapper au jugement.

Les docs, les psy, les aides de toutes parts tentent de l’accompagner pour grandir sereinement.

Et donc... c’est quoi l’histoire?

L’histoire, c’est que, pour que Copine aille bien il faut que ses proches à commencer par elle-même, apprivoisent  qui elle est.
La normalité est un terme galvaudé.
Copine est normale comme vous et moi.
Copine est d’une sensibilité exacerbée. Elle a besoin de gens intelligents autour d’elle. 

Intelligents?

Intelligents , oui, et surtout intelligents émotionnellement parlant. 
Mais nous avons confiance car cette intelligence émotionnelle se cultive!
Copine plante des graines depuis des années et récoltera d’ici peu ce qu’elle a semé.

C’est une question de temps, de patience et de maturité. 

Il faut juste éviter que des blessures ne viennent dévaster ses semis.

En cela, c’est vrai, Copine donne à ses proches beaucoup  de travail. 
Ils sont en quelque sorte ses épouvantails 😉

 

 

 


 

Partager cet article
Repost0

Heureuses victimes du confinement

Publié le par mapie

En pliant caleçons,chaussettes et autres serviettes de toilette ce matin, tandis qu’un rayon de soleil printanier baignait mon sol carrelé  re décoré  de traces de semelles taille 47 et de miettes de cookies fondus, je me disais que... finalement la terre pouvait bien tousser, le quotidien demeurait le même pour qui abritait des ados à la maison.


C’est simple et efficace un ado.

Il  vous rappelle quand le frigo est vide...

Il entretient la pile de linge « à laver » (Son choc de simplification résidant dans le fait de cumuler dans le même panier aussi bien le linge sale que celui à ranger...  ce qui n’exclue pas de retrouver dans le linge à repasser une chaussette sale, histoire de brouiller les pistes...)

Vous aurez beau zapper sur toutes les chaînes qui vous rappellent le marasme de l’actualité , le nombre de malades ou bien de vaccinés.  Aucune ne saura vous donner le nombre exact de repas critiqués, de pots de yaourts délaissés avec  la cuillère sur le bord d’un bureau ou d’un canapé ou bien encore de draps  de bain humides, abandonnés en boule dans un coin, derrière  la porte... 

Pourquoi ? Parce que cela n’est pas intéressant. C’est juste du quotidien filant, passant,  inéluctablement.
Il n’empêche que les femmes qui ont eu leurs enfants dans les années 2000, celles qui n’ont pas vécu le bac ou pas vraiment, pas vécu les concours ou pas totalement, pas vécu les soirées trop arrosées miraculeusement ,  et bien ces femmes sont les heureuses victimes collatérales du confinement.

 

Dans quelques années, lorsque leurs enfants auront à faire face à des bébés tyranniques au sommeil capricieux, certaines   déclareront avec moquerie avoir survécu, non seulement à une pandémie, mais au confinement avec .... tenez vous bien..... leurs ado- les-cents.  Avouez que ce sera marrant! 

En attendant, le monde tousse sévèrement- Mais reconnaissons qu’en restant les mêmes,  nos jeunes ont ce talent de nous permettre de continuer la marche avec allant, dans notre quotidien passant, filant, inéluctablement.

 


 

Partager cet article
Repost0

Burn out contre black out

Publié le par mapie

 

 

 

Lorsque le soleil brille et que la douceur du printemps promet de belles journées, tout est possible ou plutôt rien n’est impossible à celui qui aime d’amitié.

Des week-ends en terrasse, on en a colligé avec ou sans alcool, avec ou sans maris, avec ou sans enfants, avec ou sans amis, mais toujours avec.... elle et moi réunies.

Nous pleurions de rires et de peine, partagions quelques rêves, évoquions notre enfance. Nous convoquions nos démons et leur cassions la gueule à deux, car à deux, tout est plus facile.

Parfois lorsque l’une d’entre  nous tombait dans un abîme, l’autre l’accompagnait ou la hissait sur ses épaules, le temps de... C’était si naturel que cela ne coûtait qu’un peu de nous même. Donner de soi-même, n’est ce pas  le sens même du partage?

 

L’amitié est un lien extraordinairement puissant. Il défie le temps et la distance... et puis, et puis un jour.. non, un instant, non, non plus... un « espace temps indéfini » le glissement se produit.

 

Et le chaos s’engouffre. Black out.

 

 

 

Elle me parle de disputes, puis de séparation... de pleurs, de cris, de trahisons... Cela fait vingt ans et quatre enfants qu’ils sont ensemble... De quoi se penser hors d’atteinte...

- Tu le sais toi, tu le sais qu’on a traversé des crises et que celle-ci n’est pas pire que les autres! 
Je suis fatigante et j’ai mon caractère, mais il l’a aimé ce caractère trempé , ce n’est pas comme si mon désordre et mon franc-parler dataient d’hier!

 

Alors qu’elle fouille nerveusement dans mon frigo pour y dénicher une bouteille de blanc entamée, je l’observe, muette, depuis le canapé du salon.

Elle est comme ça Ines, chez elle dans mon frigo comme dans ma vie, et j’aime ça.

 

Au fond d’elle-même,  je sais qu’elle se dit que les choses vont rentrer dans l’ordre, car après tout je suis là, moi... Je vais lui rappeler que la douceur du printemps promet de belles journées...

 

D’ailleurs,c’est ce que j’aurais fait, si seulement j’avais pu.

 

Si seulement le glissement-ce faux plat insidieux- ne s’était imposé dans ma vie  impunément . Depuis quelques temps, petites déconvenues, tristesses accumulées, rêves inachevés, frustrations récurrentes, que sais-je encore, se sont imposées jusqu’à annihiler toute ma vitalité. Sans m’en apercevoir , je m’étais vidée, fragilisée de l’intérieur. 

 

A l’extérieur, mon Ines, elle, était en plein chaos.

Qu’attend t’on de sa meilleure amie quand on est dans le chaos? De la compassion, de l’aide, de l’accompagnement, de l’écoute, du temps, de la présence... beaucoup... oui, on attend beaucoup... J’aurais donné tout cela si seulement j’avais pu.


Je tente fébrilement  un

- mais il a emporté toutes ses affaires?

Suivi platement d’un

- parce que si ce n’est pas le cas, il reviendra.. c’est sûr... d’ailleurs c’est sûr, il reviendra...

 

Depuis toujours, Ines et moi partageons nos déconvenues, mais aussi nos bonheurs. Sa faculté à voir du cocasse dans chaque situation la rend inégalable, imprévisible et attachante comme personne. Là où certaines pourraient être pesantes ou intrusives, elle, sait être drôle, décalée et surtout attentionnée . Mais pas là, car sa peine est immense, et sa colère aussi. 

 

Et malgré cela, je suis inapte à l’aider. Je pèse une tonne. Comment pourrais-je y ajouter le poids d’une telle amitié ? Pire encore, pour la première fois, un écran invisible semble nous séparer. J’ai honteusement déployé, je crois, une «cape d’immunité ». Je ne sais plus l’écouter. Les ondes sont brouillées.  Je suis sur « batterie faible »... mes voyants sont au rouge.

Que suis-je donc devenue? Incapable de donner de moi même au moment nécessaire.  Inapte à l’empathie pour ma meilleure amie.
Je ne suis pas désarmée. Je sais qu’il y a en moi le nécessaire pour l’aider à passer ce cap si compliqué. Je n’ai juste plus la force, je suis vidée, épuisée, impuissante à user de mes armes. Il me semble que les utiliser pour l’aider, reviendrait à en user contre moi-même.

Est-il possible de se faire mal à faire du bien?

 

- C’est un coup de fatigue me dit-on.

 

Quelle est donc cette fatigue que l’on ne peut surmonter au nom de l’amitié?

 

- Une baisse de moral, un véritable épuisement, l’effet d’un surmenage... Burn-out.

 


 

 

 

Sous ma cape d’immunité, une colère sourde grandit et me dévaste plus sûrement qu’un feu de Saint Jean, il crépite les adjectifs : égoïste, incapable, inutile et faible ...

Tandis que mon corps et mon esprit sont en pilote automatique, mon coeur, lui, fait route à part. Il pleure.

 

Burn out face à black out...

 

L’amitié est un lien extraordinairement puissant. Elle, ne m’en voudra pas... Nous panserons nos plaies, en terrasse, sous le timide soleil prometteur du printemps.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

La grande volière

Publié le par mapie

En ouvrant les yeux ce matin, sur l’écran trop lumineux de la journée qui commence, un oiseau m’attendait. Rouge-gorge, sorti du nid, il chantait malgré tout, et ses ailes cherchaient à trouver plus d’espace pour pouvoir mieux voler.

_

Vivre moins lourd de sa chape de secret, n’est pas vivre léger.
« Faire mal » pour ne plus « se faire du mal » n’est pas un choix en soi, juste une nécessité.

Si de son bec l’oiseau a rayé  un peu le vernis de nos certitudes ou de nos confortables acquis, du polish et du temps sauront bien faire l’affaire.
Et quoi... La patine n’en sera que plus belle.

Et pour ceux qui n’ont pas le temps?
Bien souvent, ils sont sages... et savent que « quelques éraflures  sur la carrosserie » n’est rien, comparé au confort de vivre bien.

La différence et les incertitudes sont déstabilisantes. Elles ne sont pas pour autant menacantes de danger. 

_

Déploie tes ailes l’oiseau, il y a de la place pour chacun dans cette grande volière, que l’on appelle terre.

 

 

Partager cet article
Repost0

Le cerf et le veneur

Publié le par mapie


- Arrêtez donc cette bête! Il pourrait m’embrocher! Le veneur prit la fuite devant le cervidé. 
 

Les yeux plissés  sous l’effort et le visage strié par le fouet mordant des rameaux de sureaux  mélés de ronces, l’homme sautait dans les bois. Il était aux abois.

Sa tenue d’apparat, taillée sur mesure  et qui lui conférait l’élégance de l’uniforme à défaut  de l’élégance du coeur, venait à se teinter de terre et de verdure. Enfin, l’homme se fondait un peu dans la nature.

Des cerfs, des sangliers et autres lièvres le talonnaient . Une partie de la meute des chiens s’était jointe à la troupe. Infatigables, ils aboyaient et orientaient la course du chasseur traqué pour ne plus lui laisser de choix.
Il finirait acculé contre un arbre, entouré par les bêtes. Le stress , la terreur, et l’immense fatigue auraient raison de lui... 

Ils les imaginaient déjà, cruelles créatures , trinquant dans la clairière autour de sa dépouille... heureuses d’avoir coursé jusqu’à la fin un veneur pour le fun...

Il était bel et bien bête et se comportait comme un sauvage. Aussi commençait-il, à comprendre à quel art les animaux qui le coursaient se prêtaient eux aussi.

La vénerie ne met-elle pas en jeu les prédateurs face à une proie somme toute, suffisamment rusée, pour pouvoir parfois tout de même en réchapper?

 

Alors que la forêt  laissait place à la ville, il traversa la route et pris d’un fol espoir pénétra dans la gare... les cerfs et les lapins approchèrent  de lui, les sangliers méfiants patientaient dans les bois.


Abattu et prostré, le regard suppliant, le veneur  observa alors ses assaillants...

C’est  ici, sous les yeux des passagers hagards , et puis bien entendu du contrôleur de gare, que le cerf baissa les bois très doucement.

A la ramure  du cervidé, un trousseau argenté suspendu l’attendait.
Il semblait vouloir dire : « tête de gland, tu as perdu tes clés ».

L’homme les reconnu, les attrapa, se leva, tapa sa redingote et traversa la voie.
C’est l’air fier et altier qu’il se mit donc à déclamer: 

« Le plus naturellement qu’il soit, le chasseur chasse sa proie... la vénerie est noble , on ne chasse que du sauvage... au risque de malmener, il est vrai, parfois notre équipage ... mais tout est dans la beauté de l’acte... voyez comme sont ces bêtes... bons joueurs jusqu’au bout! Nous restons bons amis, la preuve en est... cet animal m’a gracié! »

Si l’animal est parfois sauvage, l’homme lui, peut être bête et souvent même capable des pires sauvageries.

 

Partager cet article
Repost0

Est ce que ce monde est sérieux?

Publié le par mapie

La circulation est fluide, tant pour le covid que pour les voitures. Je traverse la place de la République dans la froideur hivernale, les sens en éveil et les orteils gelées.

Mes impressions cohabitent, s’entrechoquent, et se noient dans un flot de questions assourdissantes. Une révolte passive implose dans ma tête pour laisser place à l'alternance de flashs d'incompréhension, de gratitude, d'amusement, d'agacement...

Formuler l’incompréhensible...ou l’indicible, chercher à y trouver du sens en jouant avec l’ordre des mots.... telle est la quête du jour.

 

Empruntant le trottoir comme tous les autres gens, je l'aperçois, calé derrière sa "couverture-porte".  Calfeutré entre l'entrée d’une brasserie condamnée par la pandémie et un rideau de "survie" jaune d'or,  l’homme s’est constitué un "chez lui", avec une vue imprenable sur l'agitation de la place... 
Seul dans son une pièce-terrasse de 80cm2, il regarde une vidéo sur une tablette reliée à un smartphone.

Je le vois. Je l'observe, un peu comme un passant regarderait dans le salon illuminé d'une maison à la nuit tombée. Je pourrais presque l'envier tant il ne semble pas souffrir du froid, lui...

- Comment peut-on dire une chose pareille? Cet homme est à la rue!

- C'est bien la raison pour laquelle je ne le dis pas. Je l'écris... voilà tout.

Une interrogation me traverse et retraverse l'esprit. Comment un homme sans domicile, peut-il concilier une vie dans la rue et le top de la téléphonie et des objets connectés?  Est ce que Darty déstocke en ce début d'année?

Je sais que je ferais mieux de me demander pourquoi cet homme se retrouve seul sur le trottoir et dans le froid... Mais quoi? Suis-je la seule à trouver étrange cet état de fait?  

Acheter un téléphone est moins cher que de louer un logement mais tout de même... On n'obtient pas un téléphone ou une tablette  à se caler derrière l'oreille comme on réclame une clope au passant...

Toutes ces questions sont sans doute incorrectes, et malvenues... Mais, dans quel monde vit-on? Un monde où les réseaux sociaux et les vidéos sont plus utiles à la survie que la chaleur d'un foyer?

Cet homme va t'il retourner ce soir dans un lieu sordide pour dormir, ou va t'il rester là, avec son téléphone pour seule compagnie...

Je suis passée. Je ne pouvais tout de même pas m’immiscer dans son intimité même si celle-ci  commence sur une marche d’escalier.  Je ne fais pas une découverte. Je sais que la misère est dans la rue... mais j'avoue, que la misère ne m'a jamais semblée aussi... cruellement moderne qu'à ce jour.

-----------

Un peu plus loin, dans une ruelle pentue, alors que je suis de nouveau au chaud dans ma voiture, un vieux monsieur barbu, un peu hirsute, tire un cabas à roulettes. Démarche lente et fatiguée, solitude apparente. Le soleil de midi éclaire la rue droit au dessus de nos têtes. Il fait toujours aussi froid. Il s'arrête, dresse sa face vers les rayons du soleil et sourit.

Seul au monde, il profite quelques instants. S'il savait le ravissement qu'il me procure à moi, qui le regarde depuis le siège accompagnateur...Un pur délice. Une flocon de douceur .

Ne rien gâcher. Juste apprécier l'instant. Cet homme en s'arrêtant a arrêté le temps, et je me prends à apprécier aussi la douceur caressante des rayons sur son visage ridé.

Le soleil est décidément un bien commun, qui contrairement au sol, ne peut être monopolisé. Chacun peut en profiter, si tant est qu'il le sache. Assurément cet homme lui, le sait.

------------

Sur les quais de Jemmapes où l'on aime à se promener, un homme étend son linge: un  polaire terne et de couleur improbable. Sa tente Quechua est ouverte.. Croyez vous qu'il aère???  

Il est en pull et ne semble pas avoir froid... suis je donc la seule dans Paris à souffrir de l'hiver?

Je souris bêtement face à l'ironie des choses.

-------------

Sur le boulevard, un père et ses trois enfants prennent l'air et s'agitent et s'ébrouent. Des gens comme vous et moi, ou peut être juste comme moi... sauf que... sauf qu'eux, rien ne les étonnent plus.

 

C'est juste comme cela n'est ce pas... juste comme cela... un seul monde... un monde pour tous, mais habité différemment...  et une seule vraie question : 

Est ce que ce monde est sérieux?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

1 2 3 4 5 6 7 > >>